Hold and Win, cascades et bonus buy : la mécanique côté maths
Trois mécaniques dominent les catalogues depuis cinq ans : hold and win, rouleaux en cascade et bonus buy. Le joueur les connaît au ressenti, l’opérateur les connaît par leurs performances. Ce que l’on explique rarement, c’est comment chacune est construite côté mathématiques — ce qu’elle coûte en RTP, ce qu’elle fait à la volatilité et où se trouvent les pièges pour le studio qui décide de l’ajouter à un jeu. Voici le point de vue du concepteur, chiffres à l’appui.
Hold and Win
Ce que voit le joueur : des symboles « argent » tombent avec une valeur inscrite ; six d’entre eux déclenchent une fonction de respins où les symboles payants se verrouillent et où chaque nouveau symbole remet le compteur à trois respins. À la fin, les valeurs sont additionnées, et des symboles de coin ou de jackpot peuvent multiplier le total ou attribuer des gains fixes.
Ce que construit le mathématicien : deux processus aléatoires empilés. Le premier est le déclenchement — la probabilité d’obtenir six symboles « argent » ou plus sur un tour, réglée par leur nombre sur chaque bande de rouleau. Le second est la fonction elle-même : probabilité de remplir la grille entière, distribution des valeurs, poids des symboles spéciaux. Le fonctionnement de Hold and Win ne se valide qu’en simulant les deux ensemble : un déclenchement bon marché avec une fonction généreuse et un déclenchement coûteux avec une fonction avare peuvent afficher le même RTP et offrir deux expériences radicalement différentes.
RTP et volatilité : la fonction représente en général 40 à 60 % du RTP total. Plus cette part est élevée, plus le jeu de base est sec et plus la volatilité monte. C’est un choix produit, pas un détail technique : une conception du bonus Hold and Win avec grille pleine rarissime et gain énorme produit des sessions longues et arides ; une fonction fréquente et modeste produit l’inverse.
Piège : la probabilité de grille pleine. C’est elle qui porte le plus souvent le gain maximum du jeu, et comme il s’agit d’un événement extrêmement rare, elle exige des milliards de tours simulés pour être estimée avec confiance. L’estimer analytiquement est la cause classique d’un refus en laboratoire.
Rouleaux en cascade
Ce que voit le joueur : les symboles gagnants disparaissent, ceux du dessus descendent, de nouveaux entrent ; la chaîne continue tant qu’il y a des combinaisons.
Ce que construit le mathématicien : un processus récursif. Chaque chute est une nouvelle évaluation sur les mêmes bandes, si bien que le RTP n’est pas la somme de tours indépendants mais l’espérance d’une chaîne de longueur variable. La longueur moyenne dépend directement de la fréquence de gain : un jeu qui touche souvent cascade plus longtemps.
RTP et volatilité : les cascades ajoutent des gains petits et fréquents, ce qui augmente la fréquence de gain et fait baisser la volatilité — jusqu’à ce qu’on y attache un multiplicateur progressif. Un multiplicateur qui monte de +1 à chaque chute transforme la chaîne en processus composé et fait grimper la volatilité fortement, pour un coût faible en RTP, parce que les longues chaînes sont rares. C’est pourquoi presque tous les jeux à cascade sortis depuis 2019 embarquent un multiplicateur : c’est la combinaison qui donne à la fois de l’action fréquente et un plafond élevé.
Piège : les chaînes non bornées. Sans plafond sur le multiplicateur ou sur le nombre de chutes, le gain maximum est théoriquement infini — ce que les régulateurs refusent et ce que les plateformes à résultats pré-calculés ne savent pas représenter. Le plafond est une décision mathématique et doit figurer dans le document de conception.
Bonus buy
Ce que voit le joueur : un bouton qui achète la fonction directement, généralement 50 à 100 fois la mise pour des tours gratuits, parfois un menu d’options à différents prix.
Ce que construit le mathématicien : un mode de mise distinct. Le prix n’est pas un chiffre marketing : c’est l’espérance de la fonction divisée par le RTP visé pour ce mode. Si la fonction rend en moyenne 95 fois la mise et que la cible est 96 %, le prix tourne autour de 99 fois. Chaque mode est une configuration à part, avec son RTP, sa volatilité et sa vérification en laboratoire.
RTP et volatilité : l’achat affiche souvent un à deux points de plus que le jeu de base, précisément parce que le joueur paie pour sauter l’attente. Le profil de risque de l’opérateur change aussi : en mode achat, la variance par tour est bien plus forte et les séries perdantes côté casino sont plus longues.
Piège : traiter l’achat comme un simple raccourci vers la même fonction. Si la fonction achetée reprend la distribution de la fonction déclenchée naturellement, les RTP des deux modes divergent, car l’achat supprime le coût des tours d’attente. Il faut soit ajuster la distribution, soit ajuster le prix — et documenter le choix avant la certification.
Ce que cela implique quand on commande un jeu
Les trois mécaniques sont des outils de distribution, pas des décorations. Elles ne changent pas ce que le jeu rend ; elles changent la façon dont ce retour est livré dans le temps. La bonne conversation en début de projet n’est pas « nous voulons du hold and win » mais « nous voulons des sessions avec ce profil » — la mécanique et le partage du RTP entre base et fonction en découlent.
Concrètement, cela veut dire simuler avant de dessiner : le profil de volatilité, la contribution de chaque mode et la probabilité du gain maximum sortent de la fiche PAR, pas de l’intuition. La même logique est détaillée dans comment un studio construit un profil de volatilité.
Chez Giro Games, la conception mathématique et le développement de machines à sous font partie du même lot : le modèle est construit et simulé avant que l’art ne commence, pour que le profil promis soit le profil livré.
Giro Games